International

Complicité

Neuf mois de sidération devant le ravage génocidaire de la bande de Gaza par Israël et une conviction renforcée : seule une solidarité internationale indéfectible et organisée pourra aider les Palestiniens à venir à bout du colonialisme sioniste et de l’impérialisme occidental.

Il faut les voir festoyer sur les ruines d’une bande de Gaza méconnaissable, éventrée depuis 9 mois par les bombardements incessants. Il faut les voir, ces soldats de l’ « armée la plus morale du monde », railler au grand jour leurs victimes – 45’000 âmes au moins, pour l’essentiel civiles, une grande majorité de femmes et d’enfants. Il faut les voir, ces psychopathes, poser fièrement à côté des cadavres encore chauds des adolescents qu’ils viennent tout juste de « sniper », s’immortaliser près des dépouilles d’innocents sauvagement abattus, parfois écrabouillés à l’aide de leurs bulldozers de la mort. Il faut les voir, sur les réseaux sociaux, mettre en scène les sévices imposés à leurs « prisonniers », des soi-disant « partisans » du Hamas, combattants fabriqués de toutes pièces par la Hasbara. En vérité, un cortège de simples femmes et hommes faits otages, accusés sans preuves, enlevés, déshabillés, humiliés, abusés et torturés, dans un glaçant remake de Guantanamo, « œuvre » iconique du grand frère protecteur américain.

Il faut les voir aussi, ces « hors-la-loi-internationale », s’esclaffer cependant qu’activant un détonateur ou un drone, ils réduisent en cendres des habitations, des échoppes, des écoles, des bureaux de presse, des universités, des camps de réfugiés, des complexes humanitaires, des hôpitaux. Il faut les voir célébrer lorsque, d’un geste lâche, ils rasent le labeur d’une vie, effacent les souvenirs d’une famille ; quand avec leurs missiles ils s’échinent à faire disparaitre de la surface de la terre les traces d’une culture qu’ils jugent indigne d’exister ; quand ils profanent des mosquées en y récitant leurs prières, souillent la paix des morts en retournant les cimetières, et célèbrent leur victoire dans cette « croisade » qu’ils fantasment, cette « guerre sainte » qu’ils appellent de leur vœux. Il faut les voir, enfin, ces pervers, heureux d’exhiber devant la caméra les sous-vêtements de femmes arabes, probablement violées, assassinées ou en fuite ; les voir, ces criminels narcissiques, profiter de ce « séjour balnéaire » sanglant pour demander en mariage leurs compagnes, tandis qu’à quelques mètres de là gisent encore sous les décombres d’innombrables blessés, dont rien ni personne ne viendra adoucir l’agonie.

Les soldates israéliennes aussi, au demeurant, il faut les voir. Les voir seconder fièrement les hommes sur le champ de bataille ; les voir se filmer danser et chanter à tue-tête leur haine des arabes ; les voir se grimer et moquer le calvaire enduré quotidiennement par les Palestiniennes, se croyant par là même à la pointe d’un féminisme moderne, agissant en fait comme l’avant-garde d’un fémonationalisme, impérialiste et fasciste – la touche « girly » du génocide, le symbole de l’égalité au service de l’atrocité. En bref, une leçon de sororité raciste.

Toute cette violence génocidaire, exorbitante, est bien sûr largement dissimulée par la bourgeoisie occidentale, persuadée de partager un destin commun avec Israël. C’est que pour nos classes dirigeantes, contestées de toute part et cherchant leur salut dans une fuite en avant fascisante, il faut se figurer ce que représente l’Etat sioniste : un avant-poste civilisationnel en terres arabes « barbares » ; un formidable laboratoire de la contre-insurrection mondiale en vue de dompter des dominés toujours plus turbulents ; un berceau du capitalisme « high tech » construit sur la dépossession et la sauvagerie.

Symboliquement, aussi, l’objet de fascination par excellence. Car la blanchité impérialiste est en tous points fascinée par le « conquérant » israélien. Elle admire, fantasme même, sa capacité à dominer outrageusement, ouvertement, insolemment. À dominer « dans l’innocence ontologique » remarquent justement Lordon et Lucbert, soulignant au passage l’instrumentalisation scandaleuse de l’histoire des persécutions des juifs par l’Etat hébreu dans le but d’acquitter ses propres crimes.

Ce sentiment d’émerveillement est d’autant plus exacerbé qu’une forme de nostalgie joue à plein dans les têtes et les cœurs impérialistes : en même temps qu’une inspiration, qu’un modèle à suivre, cet ilot d’impunité irréductible que constitue Israël incarne le dernier bastion d’une puissance occidentale sévèrement amputée par les luttes de libération nationale. Il fait figure de vestige d’un passé européen révolu, constitue le souvenir chérissable d’une époque où nos élites pouvaient, elles aussi, s’adonner au plaisir d’un pouvoir sans limite – le « temps béni des colonies » dont la perte n’a jamais vraiment été digérée.

Dès lors préserver coûte que coûte Israël s’apparente non seulement à protéger les avantages matériels, géopolitiques, qu’un tel allié confère, mais consiste aussi à renforcer la légitimité de la domination occidentale en général et de l’armature idéologique qui la soutient, édifice aujourd’hui sévèrement bousculé. Consciente de cet enjeu existentiel, la bourgeoisie se montre donc déterminée à éteindre tout embrasement contestataire, en réprimant et multipliant les tirs de barrage à l’encontre des mobilisations de la jeunesse contre le génocide, en censurant et criminalisant jusqu’aux plus banales expressions de soutien au peuple palestinien.

Mais cette défense acharnée et malhonnête du « pupille » israélien serait impossible sans l’appui du système médiatique mainstream. Le moins que l’on puisse dire, en effet, c’est que depuis plus de 200 jours ce soutien a été infaillible. Jamais sans doute n’a-t-on pu observer pareil dispositif de désinformation. Sur les plateaux TV, à la radio, dans les rédactions, la déontologie dont se réclame tant de prétendus journalistes vole en éclat. Les éléments de langage et fake news de la propagande israélienne sont relayés sans autre forme de procès : « les 40 bébés décapités »« le nourrisson dans le four », « l’Unrwa infiltrée par le Hamas », « les hôpitaux servant de QG terroristes ». Aux rumeurs erronées qui se répandent comme une trainée de poudre, les démentis sont au mieux tardifs, le plus souvent inexistants – peu importe : il n’y pas de fumée sans feu. On déshistoricise le 7 octobre, on évite les mots interdits – « colonisation », « apartheid », « génocide » ; on leur préfère « terrorisme »« pogroms » et autres contresens politiques. On tait naturellement le droit international, les résolutions de l’ONU, les rapports des ONG qui condamnent depuis des décennies les crimes sionistes dans les TPO. Le double standard est partout la règle : reconstruction minutieuse des assassinats du 7 octobre contre euphémisation permanente, invisibilisation ignominieuse des souffrances de gazaouis mystérieusement « morts » (par qui ? comment ?), honteusement réduits à des « dégâts collatéraux » d’une  « riposte légitime », d’une « guerre inévitable » ; rien de plus que des « chiffres », qui plus est « gonflés » par le Hamas, nous assure-t-on, quand de l’avis d’experts ils sont gravement sous-estimés (selon la revue médicale The Lancet, 186’000 décès au moins en comptant les morts indirectes). On laisse aussi certains ahuris déraper, vomir sans modération leur haine des arabes, traiter la terre entière d’antisémite, appeler concrètement au génocide. Les porte-parole israéliens sont interviewés avec complaisance tandis que les défenseurs des droits des Palestiniens, en infériorité numérique, font face à des interrogatoires soupçonneux, souvent truffés de sous-entendus sexistes et racistes. On organise également des débats un peu particuliers : des entre-soi bourgeois, aseptisés, sans contradiction sérieuse, où les invités – chroniqueurs, éditocrates, politiques, « médiasophes », pseudo-experts, artistes, « messagers de la paix » – ont généralement pour point commun de ne pas maitriser le sujet et d’être tous d’accord. On y entend des discours polissés, des avis vendus comme nuancés, pacifistes, mais qui défendent au fond une même thèse problématique : la paix sans la justice, la sécurité de l’Etat hébreux sans la moindre remise en question de l’occupation.

Pour autant dans ce marasme l’espoir subsiste. En effet, à la vue des manifestations impressionnantes en faveur des Palestiniens à travers le monde, d’une partie importante de la jeunesse notamment, il semble que les manipulations grossières de nos élites politico-médiatiques ne convainquent guère. En Occident, malgré les féroces tentatives de répression et l’essoufflement des mobilisations, les défilés en solidarité des Palestiniens continuent. Pas dupes face à la propagande, les masses s’organisent, s’informent par d’autres canaux, s’émeuvent face aux images du massacre circulant partout ailleurs que les plateaux, confrontent les points de vue, en tirent des conclusions politiques, articulent leurs positions. Elles effectuent le travail que tant d’autres, par intérêt ou lâcheté, rechignent à faire. Elles se mettent en quête de justice, parce qu’elles savent que telle est la clé d’une paix durable.

Ainsi à travers les continents les massacres commis par Israël sont chaque jour davantage perçus pour ce qu’ils sont : la démonstration en actes de l’essence monstrueuse du sionisme. La preuve irréfutable, s’il en fallait encore une, de la remarquable cohérence de ce projet politique réactionnaire, par ailleurs dès l’origine clairement assumé par ses concepteurs : vider la Palestine historique de sa population autochtone afin d’y installer un foyer juif exclusif ; pour effectuer ce remplacement, propre aux colonialismes de peuplement, user de tous les moyens et prétextes – sécuritaire et religieux en tête.

Consensus national sanglant : le sionisme

Depuis plus d’un siècle, c’est au fond toujours à la même histoire que nous assistons. Pour une partie de la communauté juive, le fourvoiement dans une entreprise ethno-nationaliste et coloniale, pourtant au départ largement boudée. C’est qu’à l’impossibilité d’intégration de la population juive en Europe décrétée par les sionistes à la fin du XIXe siècle s’opposait alors frontalement l’aspiration révolutionnaire des masses travailleuses juives du Yiddishland, partisanes du Bund, du socialisme, du communisme, de l’internationalisme, et dont les espérances esquissaient un tout autre avenir. En l’occurrence, non pas la volonté de fuir vers une « Terre promise » étrangère et inconnue, mais de résister au sein de sa propre patrie contre les pogroms et l’antisémitisme ambiant. À cette vigoureuse et ultra-majoritaire opposition antisioniste, à forte coloration marxiste, se joignit celle d’humanistes libéraux rebutés par le fanatisme sioniste et sa propension à nier (déjà !) le droit à l’autodétermination des Palestiniens. Elle trouvait aussi un relai religieux en les personnes d’éminents représentants du judaïsme, lucides sur ce que le sionisme en constituait un odieux et opportuniste travestissement.

Or on connait les principaux facteurs ayant érodé ce front de résistance hétéroclite, facteurs ayant participé dans le même temps à propulser un projet sioniste alors marginal, puis à précipiter son triomphe idéologique. On sait par exemple le rôle d’indéfectible soutien d’emblée revêtu par l’impérialisme occidental (britannique puis américain), soucieux qu’il fut de maintenir à travers ses nouveaux « tirailleurs » juifs un contrôle géostratégique sur un Moyen-Orient riche en ressources et en « dangereuse » voie d’indépendance après la chute de l’Empire ottoman. À quoi s’ajouta une convergence politique pour le moins déconcertante, au sein même du mouvement sioniste : un syncrétisme ambigu entre une bourgeoisie juive ouest-européenne assimilée – effrayée de voir ses acquis mis en péril par l’arrivée de coreligionnaires persécutés de l’Est – et d’avérés antisémites, souvent fervents évangélistes, ravis de sponsoriser un projet d’émigration juive hors du sol européen. Enfin et surtout le coup de grâce : l’horreur du nazisme, de la Shoah, la destruction de la communauté juive, de ses organisations et figures contestataires, le poids de la culpabilité de cette Europe complice du judéocide, autant choquée par les évènements qu’indisposée à assumer ses responsabilités en abritant dignement ses rescapés…Tragédie effroyable mais aussi, ironiquement, aubaine politique pour l’épanouissement du sionisme, lequel s’érigea bientôt comme seul horizon légitime, émancipateur et désirable du « peuple » juif, l’unique mode d’expression positif de sa judéité, son assurance-vie dont il avait si souvent manqué.

Pour les Palestiniens, évidemment, l’exact inverse. Le sionisme comme début d’un chemin de croix, caractérisé par un siècle de présence étrangère hostile, entravant toute prétention d’émancipation nationale. De 1948 à 2024, près de huit décennies d’une interminable Nakba marquée par la spoliation de leurs terres et le harcèlement des colons ; l’humiliation quotidienne d’une (sur)vie sous occupation, de l’apartheid et ses discriminations éreintantes ; la détention arbitraire dans les geôles de l’oppresseur ; le blocus inhumain, la soif, la faim, l’entassement – le dénuement et le désespoir comme seul horizon d’existence ; les assassinats et autres châtiments collectifs subis dans l’indifférence du monde occidental ; les étincelles de résistance sévèrement étouffées par le colonisateur et aussitôt réprouvées par ce même Occident hypocrite ; les trahisons des États arabes ; l’exil forcé, irréversible, pour certains ; la prison à ciel ouvert, à perpétuité, pour d’autres. Au bout du compte l’annexion continue et la progressive éradication, symbolisée par le drame actuel des Gazaouis.

Telles sont les principales leçons à tirer de l’Histoire : non pas donc le nettoyage ethnique comme exception du sionisme, mais comme principe inscrit dans son ADN. Non pas le génocide en cours comme fruit d’une simple et surprenante dérive politique intérieure vers l’extrême droite, mais bien plutôt comme aboutissement paroxystique, culmination inévitable au fond, d’une idéologie centenaire, porteuse d’une logique raciste et meurtrière à l’encontre de l’altérité arabe, et constituant dès le départ le point de ralliement d’une Nation entière.

Car là réside toute la spécificité d’une puissance coloniale telle qu’Israël : l’existence, pour ne pas dire le règne, d’un puissant consensus tenant pour nécessaire l’oppression du colonisé et transcendant les clivages politiques traditionnels. Consensus colonial imprégnant de fait l’ensemble de la société. Vivre en « Eretz Yisrael » signifie être entrainé dès son plus jeune âge dans ce processus d’ingénierie sociale que tant d’ex-sionistes dénoncent. La propagande permanente, à l’école, dans le cercle familial, à l’université, pendant le service militaire, dans les médias, par les gouvernants, par les intellectuels. Avec pour résultante de ce « vase clos », le façonnage d’un imaginaire « paranoïaque » où le Palestinien n’est pas l’opprimé mais la sempiternelle menace, où Israël n’est pas un État surmilitarisé, déstabilisateur d’une région entière, protégé par les plus grandes puissances mondiales et, jusqu’au 7 octobre, en passe de normaliser ses relations avec la plupart des monarchies du Golfe, mais un Etat-victime, isolé au milieu d’un monde arabe assoiffé de sang et dont l’existence même repose sur sa toute-puissance guerrière. Voilà, du moins, le récit mythique, fantasmagorique, qu’Israël aime tant se raconter.

On devine alors les conséquences de pareille « socialisation coloniale », en particulier ses effets sur le débat politique. Toujours particulièrement disputé, ce dernier, quand il porte sur des affaires intérieures, telles des accusations de corruption à l’encontre du gouvernement ou l’adoption d’une réforme judiciaire controversée ; quasi-inexistant, entendre : « à sens unique » le débat, dès qu’il s’agit d’évaluer l’opportunité de l’oppression du peuple palestinien. Consentir à celle-ci, telle est le sens commun. Tout au plus relève-t-on quelques nuances, ici et là, quant à la fixation du juste niveau de sadisme à appliquer, sur le modus operandi à privilégier, parfois sur le choix des stratégies discursives usitées pour se justifier – « 50 nuances de colonialisme » en somme. On en revient néanmoins toujours à la même conclusion : entre élites laïques, capitalistes et supposées démocratiques de Tel-Aviv, et fanatiques religieux, conservateurs, autoritaires, voire néofascistes, rêvant de « Judée-Samarie », à propos des « méchants arabes » tout est seulement question de degré et point de nature.

Les horreurs commises à l’encontre des Palestiniens n’ont d’ailleurs jamais été l’apanage exclusif d’un camp politique, encore moins le seul fait du sionisme extrême-droitier actuellement aux commandes. Ces violences sont bien plutôt assimilables à un « sport national » que le sionisme de gauche a historiquement longtemps dominé. Qu’on pense seulement à son rôle primordial dans la naissance de l’Etat hébreu, dans la Nakba par exemple, dont il tint la barre et planifia nombre des atrocités. Qu’on se remémore aussi ces autres « faits d’arme » – la guerre des Six Jours, celle du Kippour – son piétinement délibéré et répété du droit international cristallisé dans l’occupation et la colonisation illégales des territoires palestiniens. Avant l’inexorable droitisation de la société israélienne, c’est bien ce sionisme « travailliste », majoritaire à la Knesset, qui imposa trois décennies durant les lignes directrices de la politique adoptée à l’encontre des Palestiniens et des États arabes voisins.

On peut bien sûr, à la manière des thuriféraires du sionisme dit « progressiste » ou « libéral », convoquer à l’envi le processus Oslo, en faire le point d’orgue du pacifisme israélien et la gauche son héroïque protagoniste. Mais avec du recul que valut cette prétendue paix ? Que permit-elle sinon d’abord une opération d’auto-blanchiment symbolique pour tous les sionistes aux prises avec leur turpitude et en quête de rédemption. Que fut Oslo sinon le moyen idoine pour la gauche, revenue entretemps au pouvoir durant la première Intifada, d’en sortir grandie sur la scène internationale et d’obtenir une fois de plus, par le jeu de la diplomatie tronquée, la consécration de son oxymorique colonialisme « à visage humain » ? Un coup d’œil aux résultats des négociations suffit pour s’en convaincre : les Israéliens obtinrent la reconnaissance pleine et entière de leur État ainsi que la fin de la lutte armée palestinienne. Quid des Palestiniens ? Aucune allusion à l’établissement de leur Etat, hypothèse jamais sérieusement envisagée par Israël, mais la reconnaissance de l’OLP en tant qu’autorité représentante du peuple, supposément dotée d’une relative autonomie. Une souveraineté factice, en fait, sur deux bantoustans : l’administration de la bande de Gaza enclavée et de la Cisjordanie morcelée – territoires placés sous haute surveillance militaire. Voilà le bilan « enviable » tant vanté par cette gauche israélienne : un diktat déguisé en accord de paix, dont les effets concrets sur le terrain se traduisirent par la poursuite de la colonisation à marche forcée et l’enterrement irréversible de la « solution » à deux États.

De ce détour historique, dès lors une question : faut-il vraiment s’étonner que le sionisme, dans la version extrême-droitière, révisionniste, fasciste et messianique aujourd’hui en responsabilité, maximise le potentiel de cruauté que sa mouture de « gauche » puis sa variante de droite conservatrice avaient déjà généreusement exploré ? Est-il surprenant que ce sionisme-là – celui des Netanyahou, Herzog, Gallant, Ben Gvir, Smotrich et consorts ; celui qui vit en Yitzhak Rabin un mou et un traître à la Nation, qui « enfanta » idéologiquement son assassin Yigal Amir tout comme le terroriste d’Hébron Baruch Goldstein ; celui qui assigne à la Bible la valeur d’un cadastre, tisse des liens avec tous les néofascistes de la planète ; celui qui considère les palestiniens comme des « animaux humains », des terroristes en puissance, ou leurs enfants comme des bombes à retardement – est-il surprenant que ce sionisme-là, donc, une fois au pouvoir, pousse à son comble le curseur de la terreur et de la déshumanisation ?

Un changement de braquet dans la cruauté que les observateurs réguliers de la région pouvaient au demeurant déjà percevoir bien avant la séquence ouverte le 7 octobre. En témoignent la fréquence et l’intensité des exactions commises au cours des trois premiers trimestres de 2023 : les pogroms commis par des colons déchainés à Huwara, les assauts de Tsahal à Jénine, ses attaques répétées contre les fidèles rassemblés à la mosquée d’al-Aqsa de Jérusalem durant le mois de Ramadan, l’expropriation des Cisjordaniens menée tambour battant et les multiples provocations verbales des énergumènes Smotrich et Ben-Gvir.

Hubris génocidaire

Depuis le 7 octobre dernier, et l’opération « Déluge d’al-Aqsa » menée par la résistance palestinienne, on assiste toutefois à un basculement. Une sorte d’entrée dans le stade suprême de la barbarie sioniste : la furie génocidaire.

Ce devenir génocidaire d’Israël, c’est en fait le devenir potentiel de toute puissance coloniale dès lors qu’elle se trouve contrariée dans ses objectifs essentiels. Car que reste-t-il à un colonisateur lorsqu’en dépit de tous ses efforts, que nonobstant toutes les violences déployées depuis des décennies pour évincer le colonisé, ce dernier, quoique malmené, refuse d’abandonner sa terre convoitée et continue à livrer combat ? Au colon apparait alors une solution drastique : la tuerie de masse.

Il faut donner raison à Aimé Césaire lorsque, dans son Discours sur le colonialisme, il affirme que « Nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation (…) est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle (…) son châtiment (…) une civilisation de la barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation. » De ce point de vue, le génocide en cours des Palestiniens et les odieuses justifications qui l’accompagnent se présentent effectivement comme la phase terminale de cette maladie qu’est le colonialisme israélien. La « Terre promise » définitivement transformée en « Terre maudite » : un espace-temps décadent où la sauvagerie se substitue à la civilisation, où cette dernière n’a tout simplement plus vocation à exister.

Là encore les mots de Césaire sont d’un précieux secours pour décrire lucidement les implications de la maladie coloniale sur le colonisateur : « (…) la colonisation (…) déshumanise l’homme même le plus civilisé ; l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; le colonisateur qui, pour se donner bonne conscience, s’’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne dans à le traiter en bête, tend objectivement lui-même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il import[e] de signaler. »

Les symptômes de cette dégénérescence « en retour » sont effectivement omniprésents en Israël. Loin de se circonscrire à l’appareil militaire, l’avilissement se manifeste de façon aiguë au sein d’un corps social lancé à pleine vitesse sur la voie de la fascisation. On demeure en effet abasourdi par la quantité d’images indécentes qui nous parviennent de la société civile depuis le 7 octobre. De ce flot d’immondices on retiendra ce petit florilège abject : la présentatrice TV signant des obus d’artillerie en passe d’être tirés sur Gaza ; les influenceurs TikTok « top tendance » qui parodient des mères gazaouies pleurant leurs enfants assassinés ; les « manifestants » rassemblés devant un poste-frontière afin de bloquer les convois d’aide humanitaire acheminés vers l’enclave affamée ; des élèves harcelant un professeur ayant eu le cran de s’opposer publiquement à la riposte israélienne. Ainsi, hormis une minorité extraordinairement courageuse de citoyens israéliens rejetant le projet sioniste, s’opère sous nos yeux médusés la mutation du consensus colonial en consensus génocidaire.

Le pire avec la pathologie coloniale est que non contente de dégrader le colon, elle abîme aussi le colonisé. Les répercussions physiques et psychiques du joug colonial sur l’indigène, Fanon les avait d’ailleurs méticuleusement disséquées dans les damnés de la terre : l’enfermement du colonisé dans un rapport de soumission totale, d’infériorisation insupportable, où la condamnation à mort plane sur lui à chaque instant (la Palestine représentant à cet égard la forme la plus accomplie de « nécropolitique » selon Achille Mbembe) ; la dialectique entre la violence de l’oppresseur et la contre-violence de l’opprimé  ; la dimension tragiquement ambivalente de cette dernière puisque constituant pour le peuple colonisé une réponse inéluctable, un chemin nécessaire vers sa réhabilitation, et dans le même temps une voie comportant toujours le risque d’actes terrifiants, moralement insoutenables. Car le psychiatre martiniquais insistait sur ce point : « dans le contexte colonial, le colonisé est un persécuté qui rêve en permanence de devenir le persécuteur », et pour lui, « (…) le bien est tout simplement ce qui (…) fait du mal [aux colons]. »

Aussi le 7 octobre n’a pas échappé à la règle : outre les succès militaires très relatifs de l’opération du Hamas, il y eut aussi de la part des assaillants les abominations à l’encontre des civils, des femmes israéliennes, et les prises d’otage.

Actes injustifiables, il est vrai, mais prévisibles et même explicables. C’est là d’ailleurs tout le drame du 7 octobre : pour épouvantables qu’y ont été les crimes commis, ils s’expliquent aisément. Le contexte colonial, quand il s’avère aussi oppressif, aussi harassant, déséquilibré, injuste et tyrannique qu’en Palestine, peut à tout moment nourrir les plus sombres aspirations, déboucher sur les pires éruptions de violence vengeresse, des accès de folie meurtrière hélas souvent aveugles à l’innocence de ses victimes. L’enrôlement de la rage à l’état pur, ce qui subsiste le plus souvent chez celui qui a beaucoup trop perdu et dont la souffrance a été méprisée.

On sait évidemment à quoi on s’expose dès lors qu’on se lance dans l’analyse causale de si funestes évènements : à des procès en antisémitisme, en complicité du Hamas, en « islamo-gauchisme », en
« expliquer c’est justifier » et autres inepties répétées en boucle par les Valls, Onfray, Habib, Fourest, Enthoven, BHL & Co. Il faut pourtant résister. Résister et continuer à penser pour comprendre et y voir clair politiquement.

Cela passe en premier lieu par récuser en bloc le cadre de réflexion – et même plutôt d’irréflexion – imposé depuis cette date. Refuser, par exemple, l’injonction politico-médiatique à qualifier de « terrorisme » ce qui s’est produit ce jour-là. Non pas pour absoudre le Hamas de ces crimes de guerre, opération de toute manière impossible à ceux qui accordent un tant soit peu de valeur à la vie humaine, mais afin d’éviter les apories auxquelles mènent un terme en l’espèce inadéquat et dangereux. 

Inadéquat parce que « terrorisme » est tout simplement devenu le terme de la confusion, du dévoiement et de la manipulation politique. « Terrorisme » est le concept qui déserte l’analyse rationnelle et profonde des causes au profit de la condamnation passionnelle unanime et totalitaire. Il est le champ du manque de rigueur intellectuel, où sont généralement amalgamés des entités et personnages qui n’ont rien à avoir entre eux sinon de figurer pour des raisons très diverses dans la ligne de mire de l’impérialisme occidental. Surtout « terrorisme » vise à épancher la soif de sang des dominants : il est le point de passage incontournable de l’impérialisme pour justifier par avance des représailles dévastatrices, à l’encontre d’un ennemi présenté comme naturellement mauvais, intrinsèquement monstrueux. « Terrorisme » suppose toujours que l’adversaire est hostile par essence, et non par processus. Que ses motivations, les raisons de son basculement dans la violence, sont à chercher exclusivement en lui et jamais dans des facteurs politiques exogènes. 

Netanyahou ne s’y trompe pas lorsqu’il assimile le 7 octobre 2023 israélien au 11 septembre 2001 new-yorkais et au 13 novembre 2015 parisien. Ou quand il compare grossièrement des entités aussi drastiquement hétérogène que le Hamas et Daesh. D’un côté une organisation islamique protéiforme – simultanément gouvernement, groupe armé et mouvement social, s’inscrivant dans un paradigme de résistance nationale à un oppresseur, dont l’assise populaire est indéniable, mobilisant la lutte armée parmi d’autres moyens d’action. De l’autre, un projet djihadiste mondial, cherchant à établir un califat autoproclamé et au contour flou, non reconnu internationalement et recourant exclusivement à la violence indiscriminée. Ce que cherche le premier ministre israélien par ces amalgames n’est donc pas tant la pertinence intellectuelle que la convocation du traumatisme. Raviver la mémoire douloureuse des attentats subis par les Occidentaux, exacerber la haine islamophobe de nos classes dirigeantes, obtenir d’elles une solidarité indéfectible, tels sont ses objectifs. L’instrumentalisation politique de « terrorisme » a des vertus inégalables pour les sionistes : elle leur laisse la possibilité de dérouler la rhétorique du conflit de civilisation, la lutte du Bien contre le Mal, de la lumière contre les ténèbres, oblitérant complètement le cadre colonial dans lequel s’inscrit l’attaque du Hamas et invisibilisant la responsabilité historique d’Israël dans les évènements du 7 octobre. Elle leur autorise dans la foulée les pires excès – langagiers d’abord, militaires surtout. Car sous couvert d’un prétendu droit à la « légitime défense » contre les « terroristes » du Hamas, les sionistes en profitent en fait pour donner libre cours à leur désir ultime : en finir définitivement avec le « cancer » palestinien. Glissement sémantique lourd de conséquences.

À la rigueur pourrait-on, à la manière d’un Gilbert Achcar, faire le constat que les actes commis le 7 octobre étaient effectivement « terroristes ». Mais au sens de son acception originelle, purement descriptive – des meurtres de civils utilisés à des fins stratégiques, déstabilisatrices (quoi que l’on pense de la pertinence de cette stratégie)– et en l’assortissant immédiatement d’une clause prudentielle, de sorte à ne pas y dissoudre toute analyse politique. « Terrorisme », certes, mais du plus faible et en réaction à celui du plus fort. Le terrorisme d’Etat israélien, infiniment plus meurtrier, devant être considéré dans cette optique comme le principal responsable du terrorisme du Hamas et logiquement comme le plus coupable. La violence institutionnelle comme le moteur qui alimente en retour la réaction de celui qui la subit, ce qu’Achcar nomme le « choc des barbaries ». L’analyse a ainsi le mérite de ne pas taire l’horreur subie par les victimes innocentes de part et d’autre, sans pour autant céder au piège de la décontextualisation dépolitisante. Elle permet aussi de souligner le rôle majeur du gouvernement israélien dans la prise de pouvoir du Hamas, avènement pensé et favorisé pour museler la menace représentée jadis par des organisations palestiniennes plus progressistes. Elle s’accorde en outre parfaitement avec la formule célèbre de Mandela : « c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé qui détermine la forme de lutte (…) », ou avec cette phrase si juste de Fanon : « le colon a fait et continue à faire le colonisé. » Voilà ce que donnerait une analyse plus fine sous le prisme du « terrorisme. »

En l’espace de quelques mois, on a en tout cas eu le temps de mesurer la dangerosité de ce vocable et l’impasse politique à laquelle il conduit. Sa traduction militaire cataclysmique à Gaza en est l’expression. On se remémora tout de même que le 8 octobre déjà les plus courageux, auxquels on s’affaira de jeter l’opprobre, avaient averti sur ce que le « soutien inconditionnel contre le terrorisme » accordé à Israël produirait. À beaucoup la chose apparait désormais patente : un blanc-seing pour le génocide.

Leur monde et le nôtre

Après 9 mois d’extermination en live, tout est donc limpide. Une fois encore la question palestinienne apporte son lot de clarifications. En premier lieu, elle nous prouve l’impériosité de la rupture avec un monde. Celui de bourgeoisies radicalisées, impérialistes, racistes qui nous conduisent au chaos. L’encouragement sans vergogne au génocide est devenu le crédo de cet univers en sursis, prêt à toutes les monstruosités pour que sa domination perdure. À cette folie furieuse il faut adjoindre la complicité de tous les « pacifistes » de pacotille, qui prêchent l’universalisme abstrait matin, midi et soir mais qui sont en vérité incapables de condamner un génocide au moment où il survient (en Romandie, mention spéciale à la lâcheté de certains professeurs de « droits humains », d’ordinaire si actifs pour promouvoir leurs travaux académiques dépolitisés sur les réseaux sociaux, et qui se murent aujourd’hui dans le silence de peur d’attenter à leur carrière). Cette même hypocrisie mêlée de racisme les rendant d’ailleurs tout aussi incapables de dénoncer le fait colonial comme facteur déterminant de la situation en Palestine.

Mais la séquence permet aussi de faire le tri au sein de notre propre camp politique. Le tri entre les camarades internationalistes et antiracistes véritables sur lesquels il faudra compter pour mener à bien cette rupture radicale, et cette autre gauche, vouée à rester dans les poubelles de l’histoire. Une gauche paralysée dès lors qu’il s’agit de penser la décolonisation et sa violence autrement que sous l’angle moral. Inaptitude qui la contraint à demeurer éternellement à la remorque des dominants et de leur rhétorique impérialiste. On l’entend à maintes reprises, cette gauche donneuse de leçons, armée de sa condescendance habituelle, appeler les Palestiniens à une résistance plus éthique, refuser d’employer le terme de génocide, s’empresser d’évoquer des pogroms ou du terrorisme à propos du 7 octobre, renvoyer dos à dos colonisateur et colonisé. On l’entend surtout invectiver et soupçonner d’antisémitisme toute personne ou organisation se déclarant antisioniste et critiquant l’antienne coloniale de la solution à deux États. Cette gauche des calomnies s’avère d’autant plus dommageable qu’elle fait le jeu des antisémites et racistes patentés d’extrême droite. En effet, assimiler l’antisionisme à une forme d’antisémitisme comme elle s’efforce de faire, ce n’est pas seulement disqualifier le combat anticolonial, c’est aussi amoindrir la lutte contre la judéophobie en participant à la réhabilitation des héritiers des fascismes historiques, descendants politiques des véritables bourreaux des Juifs, aujourd’hui volontiers prêts à se déclarer soutenir Israël dans le but de gagner une nouvelle respectabilité. Respectabilité dont il faut être complètement aveugle pour ne pas percevoir le caractère purement cosmétique et opportuniste : non seulement l’extrême droite demeure farouchement antisémite ; de plus ce qu’elle défend réellement à travers son soutien à l’Etat sioniste ce ne sont évidemment pas les Juifs en général, mais seulement la partie d’entre eux imprégnée de son logiciel suprémaciste et arabophobe.

Au-delà des diffamations désastreuses à l’encontre de camarades, la seule vue des propositions avancées par cette « gauche » sur la question palestinienne suffit au demeurant à comprendre son inanité en matière décoloniale. Car si les exhortations à la fin immédiate des hostilités, au retrait des troupes israéliennes, à la fourniture d’aide humanitaire en masse, à l’évacuation et la prise en charge des blessés, à la délivrance de moyens pour la reconstruction de Gaza ne souffrent d’aucune contestation ; les appels à la seule démission du gouvernement d’extrême-droite, au sursaut de la société israélienne, à l’émergence d’un interlocuteur palestinien autre que le Hamas, à la relance d’un processus de paix type « Oslo 2.0 », tous ces autres « remèdes », constituent en l’état des illusions ne pouvant que déboucher sur le statu quo. À l’inverse, la gauche conséquente a conscience que le véritable problème d’Israël ne se résume pas à son gouvernement d’extrême droite mais à son fondement colonial. Que tout angle mort sur cette question équivaut consciemment ou non à réhabiliter le sionisme et participer de ce fait au dispositif historique qui opprime les Palestiniens depuis un siècle. Que ce déni à l’égard de la nature du sionisme est aussi la cause du malheur des Israéliens, lesquels continuent d’être sacrifiés sur l’autel de la politique criminelle de leur Etat, demeurant inévitablement exposés aux éruptions de violence que celle-ci ne cesse d’engendrer. Qu’en accaparant la mémoire et les symboles juifs, en s’auto-proclamant « État-nation du peuple juif », Israël alimente en outre la confusion entre sionisme et judéité, ouvrant la porte aux essentialisations antisémites qui font indistinctement porter le chapeau des massacres des Palestiniens aux Juifs du monde entier. Qu’en ce sens, loin de constituer un rempart contre la judéophobie, l’Etat israélien met au contraire gravement en danger ceux qu’il prétend protéger. Que pour toutes ces raisons l’objectif de libération de la Palestine ne peut donc logiquement cohabiter avec le projet de maintenir les institutions sionistes et que le démantèlement des structures étatiques coloniales israéliennes au profit de la création d’un Etat démocratique, social et laïc (voire binational) constitue la seule voie crédible pour la coexistence pacifique et égalitaire des juifs et des arabes dans la région.

Afin de contribuer à la conquête de cet idéal, le chemin à suivre pour les gauches occidentales est donc clair : sur le modèle du mouvement BDS, il consiste à faire pression sur les gouvernements, organisations internationales, entreprises et autres acteurs institutionnels entretenant des relations avec Israël,  en exigeant que soit mis en place à son encontre des sanctions diplomatiques, des désinvestissements, un embargo militaire, et plus généralement un boycott commercial, académique, culturel et sportif. Cette stratégie d’affaiblissement et d’isolement de l’Etat sioniste – similaire à celui appliqué à l’Afrique du Sud de l’Apartheid – apparait la plus adéquate pour obtenir d’urgence un cessez-le-feu mais aussi conformément au droit international et aux revendications historiques des Palestiniens, la fin de l’occupation et de la colonisation, la destruction du Mur de séparation, le respect et l’égalité des droits pour tous et l’application du droit au retour des réfugiés. Par ailleurs, ce n’est qu’à ces conditions minimales, permettant de desserrer l’étau qui étouffe la société palestinienne, que pourraient alors émerger en son sein des forces politiques progressistes (selon leurs propres termes) en mesure de concurrencer et pourquoi pas défaire le projet politique autoritaire et réactionnaire du Hamas, de nouer des alliances avec d’autres forces de gauche dans les pays arabes voisins, et de déployer en fin de compte une stratégie révolutionnaire et émancipatrices « par le bas » à l’échelle régionale afin de libérer le Moyen Orient des régimes tyranniques qui le meurtrissent. Enfin, c’est certainement à ce prix que les Israéliens se désintoxiqueront en profondeur du poison colonial et pourront aspirer à vivre en sécurité sur la terre de Palestine.

Facebook
WhatsApp
Twitter
LinkedIn
Email
Print

À PROPOS

Le Mycélium est un média citoyen romand indépendant, spécifiquement consacré à l’actualité écologique et aux luttes sociales suisses et internationales. Il est disponible en accès libre, sans publicité et financé par la générosité de ses lecteurs. « L’ Écho du Vivant » !
EN SAVOIR PLUS

À PROPOS

Le Mycélium est un média citoyen romand indépendant, spécifiquement consacré à l’actualité écologique et aux luttes sociales suisses et internationales.  Il est disponible en accès libre, sans publicité et financé par la générosité de ses lecteurs. « L’ Écho du Vivant » !
EN SAVOIR PLUS

CONTACT

FAQ

Retour en haut